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20 juin 2026 · Luxembourg

Au pied des hauts-fourneaux : recueille la mémoire des familles venues faire le Luxembourg

Au pied des hauts-fourneaux : recueille la mémoire des familles venues faire le Luxembourg

Pourquoi la mémoire des familles venues faire la sidérurgie est-elle aussi celle du Luxembourg ?

La mémoire de l’immigration et de la sidérurgie au Luxembourg tient dans des récits de famille. La main-d’œuvre étrangère a fait tourner les hauts-fourneaux du Sud, et l’histoire d’un parent arrivé d’Italie ou du Portugal raconte aussi celle du pays. Recueille-la tant que les témoins sont là pour la transmettre.

Si l’un de tes parents ou grands-parents fait partie de cette génération, son histoire mérite d’être recueillie et conservée. Sa place est dans ta propre famille, avec ses mots à lui ou à elle, dans la langue où ils remontent le plus facilement.

Les vagues d’immigration qui ont peuplé le bassin minier

L’immigration au Luxembourg suit le rythme de son industrie. À partir des années 1880, le démarrage de l’industrialisation crée un besoin accru de main-d’œuvre, et le pays va chercher des bras au-delà de ses frontières. La part de population étrangère grimpe : elle passe de 2,9 % en 1871 à 15,3 % en 1910, d’après la synthèse historique sur l’immigration luxembourgeoise au XXe siècle.

Les Italiens forment la première grande vague liée à la sidérurgie. Leur nombre passe de 439 en 1890 à 7 432 en 1900, puis 10 050 en 1930, selon l’histoire de l’immigration italienne au Luxembourg. À Dudelange, on compte déjà 2 000 Italiens en 1910 sur une ville de 10 500 habitants. À partir des années 1960, c’est au tour des Portugais d’arriver en nombre. En 1999, la population totale atteint 440 732 habitants, dont 37,3 % d’étrangers.

Sous ces chiffres, il y a des trajets concrets. Un homme parti seul, une épouse qui le rejoint deux ans plus tard, des enfants qui grandissent entre deux langues. Aucune statistique ne retient cette part-là. Seul un récit de famille peut la garder.

La vie au pied des hauts-fourneaux, du travail posté à la Petite Italie

La vie ouvrière s’organisait à l’ombre de l’usine et des mines. À Dudelange, la « Société Anonyme des Hauts Fourneaux et Forges de Dudelange », fondée en 1882, recrute massivement des travailleurs étrangers pour les tâches les plus dures. Autour d’elle naît un quartier que le Centre de Documentation sur les Migrations Humaines décrit comme « un lieu de mémoire unique », qui accueille successivement Italiens, Portugais, Cap-Verdiens et réfugiés.

Ce que vivaient ces familles tient dans des détails que tu peux encore faire raconter. La chaleur près de la coulée. Les horaires postés qui rythmaient toute la maisonnée. La paie ramenée le vendredi. Les voisins venus d’ailleurs avec qui on partageait un escalier puis, le dimanche, une fête de cour. Les enfants qui servaient d’interprètes à leurs parents au guichet de la commune.

Le quartier Italie de Dudelange, surnommé la Petite Italie, est l’exemple le plus parlant de ces communautés nées au pied de l’industrie. On y parlait italien dans les cuisines, on y a appris le luxembourgeois et le français dehors, et les générations suivantes y ont mêlé toutes ces langues sans même y penser. Ce multilinguisme du quotidien fait partie du récit, autant que le travail à l’usine.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette épopée à Esch-Belval, après la dernière coulée de 1997 ?

Le dernier haut-fourneau de Belval s’arrête en 1997. Le Luxembourg fait alors un choix que beaucoup de régions sidérurgiques n’ont pas fait. D’après Le Quotidien, là où certaines villes de Lorraine ont tout rasé, le pays décide tout de suite de conserver ce patrimoine.

Sur la friche réaménagée sortent de terre l’Université du Luxembourg, la salle de concert et la Rockhal. Les deux hauts-fourneaux dressés au milieu des bâtiments neufs sont devenus un repère. Ils disent qu’on étudie et qu’on vit aujourd’hui à l’endroit même où des dizaines de milliers de familles ont gagné leur vie.

Mais l’acier conservé reste muet sur les vies qui l’ont fait fonctionner. Une structure métallique ne se souvient pas du prénom de ton grand-père. Elle ignore la peur de son premier jour et la fierté de sa première paie. Cette mémoire-là tient dans les personnes, et personne ne la transmettra à leur place.

Quelles questions poser à un parent ou grand-parent pour recueillir son récit d’arrivée et d’intégration ?

Le plus difficile est souvent de commencer. Les aînés pensent que leur histoire n’a « rien d’extraordinaire ». Pose des questions précises, ancrées dans le concret, plutôt que de grandes questions ouvertes. Une porte d’entrée par un objet ou une date suffit à débloquer le récit.

Voici des questions qui font remonter les souvenirs sans forcer :

Laisse les silences exister. Un récit d’arrivée touche parfois à des choses douloureuses, comme le déracinement ou la séparation d’avec les proches restés au pays, sans oublier la dureté du travail. Ton rôle est d’écouter et de garder ce qui t’est confié, sans chercher à tout obtenir.

Comment transformer ces souvenirs en mémoire transmissible à tes enfants et petits-enfants ?

Un souvenir raconté une fois à table se perd. Pour qu’il devienne mémoire de famille, il faut le fixer sous une forme qui circule et se transmet. Tu as plusieurs options, qui demandent plus ou moins d’effort et donnent des résultats différents.

MéthodeEffort demandéCe que ça donne
Notes prises à la main pendant la conversationMoyenDes repères, mais on perd la voix et les tournures
Enregistrement audio ou vidéoFaibleLa voix réelle, à condition de classer et conserver les fichiers
Dictée transcrite par IAFaibleLe récit dicté, mis en forme par écrit, prêt à relire et à transmettre
Récit écrit à la main par la personneÉlevéPrécieux, mais exclut ceux qui écrivent peu ou dans une autre langue

Pour une génération qui a parfois peu écrit, ou écrit d’abord en portugais ou en italien, la dictée change tout. Le parent parle, l’écrit se fait tout seul, et le récit reste dans ses mots à lui sans qu’il ait à prendre un stylo. Tu trouveras une méthode pas à pas dans notre guide complet pour préserver la voix d’un proche, du choix du moment à la conservation des enregistrements.

Raconte Moi, pour recueillir ces récits dans la langue maternelle

Raconte Moi est une application de transcription vocale par IA pensée pour les aînés. Le principe est simple : ton parent ou grand-parent parle, l’application transcrit et met en forme. Aucun clavier à manier, aucun besoin de savoir écrire. Le récit reste dans sa voix et ses expressions.

C’est particulièrement adapté à ces familles venues faire la sidérurgie. Beaucoup racontent plus librement dans leur langue maternelle, et le multilinguisme luxembourgeois fait que les souvenirs surgissent en portugais comme en français, parfois mêlés dans une même phrase. Tu peux ainsi recueillir l’histoire d’arrivée, le travail à l’usine, la construction d’une vie au Grand-Duché, puis la transmettre par écrit à ceux qui ne parlent plus la langue d’origine.

Cette démarche prolonge le travail de mémoire collective que tu peux découvrir dans notre article sur l’histoire des familles luxembourgeoises, le multilinguisme et la mémoire collective. Et si tu veux que ce récit traverse les générations, lis nos conseils pour transmettre l’histoire familiale à tes petits-enfants.

Rejoins la bêta de Raconte Moi et commence à recueillir, dès maintenant, le récit de ceux qui ont bâti une vie au pied des hauts-fourneaux.

Questions fréquentes

Mon parent dit que son histoire n’a rien d’intéressant : comment l’encourager ?

Évite la grande question « raconte-moi ta vie ». Demande un détail précis : son premier jour à l’usine, ou l’immeuble où vous logiez en arrivant. Le concret rassure et déclenche le récit. Souvent, c’est en racontant une petite chose qu’on se rend compte qu’on a beaucoup à dire.

Peut-on recueillir un récit si mon parent s’exprime mieux en portugais ou en italien ?

Oui, et c’est même recommandé. Les souvenirs remontent plus facilement dans la langue de l’enfance. La transcription vocale par IA permet de capter le récit dans cette langue, puis de le mettre par écrit pour le transmettre aux générations qui ne la parlent plus.

Où voir concrètement les traces de cette mémoire sidérurgique aujourd’hui ?

À Esch-Belval, les deux anciens hauts-fourneaux ont été conservés au milieu d’un quartier neuf qui abrite l’Université du Luxembourg et la Rockhal. À Dudelange, le quartier Italie et le Centre de Documentation sur les Migrations Humaines gardent la mémoire des communautés ouvrières.

Faut-il du matériel particulier pour enregistrer un parent âgé ?

Non. Un smartphone et une application de transcription vocale suffisent. La qualité technique compte peu : ce qui fait la différence, c’est le calme de la pièce et le temps que tu accordes à ces rendez-vous d’écoute.

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